Le miracle du hasard

Samedi dernier, je me suis rendue avec une amie à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) sans une idée d’exposition particulière à faire. Sur place, nous avons eu la chance de tomber sur un monsieur, qui présentait les oeuvres et parlait de l’auteur à la première personne du singulier. Nous nous sommes doucement approchées de son audience et nous avons suivi curieuses les explications de ce guide de providence, qui se trouvait être l’artiste en personne! Premier hasard qui fait plutôt bien les choses. Quoi de mieux que d’avoir l’artiste en personne pour expliquer son oeuvre, livrer son expérience, son ressenti! C’est inestimable!

Architecte d’origine sarde et sicilienne, Ferrante Ferranti est un photographe-voyageur dont le travail exprime sa passion pour le baroque, l’antiquité et le sacré. L’exposition à la MEP couvre les thèmes qui lui sont chers « Pierres sauvages, pierres vivantes », « Rencontres » et « Empreintes du sacré ».

La série « Pierres sauvages, pierres vivantes » représente des pierres baignées, caressées ou fendues par la lumière. La lumière prend une place centrale dans cette série, elle est palpable et a presque une texture. L’étymologie du mot photographie prend tout son sens, l’écriture par la lumière.

Une autre section de l’exposition fait la part belle aux corps de l’antiquité, Éros solitaire représente un faune, un éphèbe, un coureur ou encore un esclave dans des situations dits de Passion soit d’endurance de la souffrance. Pris hors contexte et cadrés au plus proche, ces corps deviennent représentation de jouissance et de plaisir.

Ma série préférée est indubitablement celle des rencontres fortuites, au détour d’une ruelle dans une ville en ruines, le photographe tombe nez à nez avec un cheval noir qui erre dans les décombres. Dans un paysage aussi délabré que le précédent, le photographe s’apprête à prendre une photo quand une petite fille en robe de dentelle blanche sort d’une crypte et court pour sortir du champ du photographe, sur la photo, on dirait un ange prenant son envol. La dernière image de cette série représente un arc en haut d’une tour, le photographe serait passé à vélo au moment où un oiseau traversait l’arc, il a décidé de s’arrêter et d’attendre qu’il repasse. Il a attendu 40 minutes avant de prendre une photo et miracle, deux oiseaux identiques apparaissent sur la photo. Il nous a raconté qu’à la vue de cette image, un enfant lui aurait dit qu’il a fait du copier-coller.

La deuxième partie de son exposition « Itinerrances » est une suite de rencontres, avec la beauté sous les traits androgynes d’un balayeur en macédoine, avec la couleur sur les tenues des femmes indiennes et plus que jamais encore avec ce hasard qui fait écho au concept de « Réalisme magique » de Gabriel Garcia Marquez. Dans la photo en noir et blanc de la Casa de la Moneda en Bolivie, un bel équilibre s’installe entre cette institution qui représente l’Espagne coloniale qui frappait l’or transformé en pièce aux effigies des rois d’Espagne et cette bolivienne qui représente les populations autochtones, entre la lumière et les ombres projetées des barreaux et ce dénivelé magique qui traverse le chapeau de la passante.
Le photographe nous a dit que l’explication d’une oeuvre ne devait pas assujettir notre propre interprétation, il n’empêche qu’avoir des éléments de lecture d’une oeuvre nous permet de mieux la saisir voire l’apprécier.

La dernière partie de l’exposition porte sur le sacré, une série d’images d’hommes se baignant dans des eaux sacrées, les tableaux représentant les étapes de la passion du Christ sculpté par Antônio Francisco Lisboa, alias L’Aleijadinho, ou encore le lépreux bâtisseur des cathédrales. L’histoire de ce fils d’esclave est incroyable! Atteint de la lèpre, il va progressivement perdre ces mains pour ensuite les marteler violemment et n’avoir plus que des moignons. Chaque jour, on lui fixera sur ses extrémités des outils pour sculpter le chemin de croix du Christ. Le photographe ajouta qu’il finit sa vie paralysé, priant que Jésus descende sur lui. Une des sculptures représente un Jésus regardant en l’air, au moment de sa crucifixion, elle fait presque écho au dernier souhait de cet artiste emblématique  du baroque brésilien.

Une rencontre riche, qui donne envie de voyager certes mais qui encourage à « cultiver l’élan de la rencontre », poser un regard nouveau sur un monde qu’on pense connaître.

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Une réflexion sur “Le miracle du hasard

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